La viticulture illadaise en 1868



André Ducos dans son ouvrage Illats, une commune des Graves,  publié en 1987, présente des statistiques sur l’usage du sol illadais p. 68. Il indique qu’en 1874, le vignoble recouvrait 795 ha de la surface communale. On peut supposer qu’en 1868 le terroir viticole se rapprochait de cette dimension. Jamais les vignes dans notre commune n’ont recouvert autant d’espace. A titre de comparaison, en 1785, le vignoble illadais s’étalait sur 590 ha, et en 1936, sur 460 ha. André Ducos nous dit également : « En plus du nord et du centre de la commune, il y avait de la vigne des deux côtés de la route de Budos sur un kilomètre de large. XIXème siécle, le vignoble déjà important s’est augmenté des plantations des Listres (parcelles longilignes entre Barrouil, Condrine, le Sable, le Peyrey et le Caméou NDLR), du Sable, des Ountines, de Capin, de la Teychoueyre, de Bel Air et des Tuilières ; la plupart de ces vignes ont disparu actuellement. » (p.71). Lors du recensement de 1866, Illats avait une population de 1669 habitants qui garantissait une main-d’œuvre agricole, et viticole en particulier, nombreuse.

Selon la deuxième édition de 1868, du célèbre livre Bordeaux et ses vins, de Charles Cocks et d’Edouard Féret, les vins d’Illats étaient classés sous la dénomination géographique de « Petites Graves ». Ce n’était pas une appellation viticole.
Cet espace géographique « offre des terrains très variés. Ce sont tantôt des graves légères siliceuses, tantôt des sables purs, tantôt des palus. Les terrains graveleux et les palus y sont presque entièrement consacrés à la vigne, qui s’y trouve le plus souvent complantée en joualles avec cultures intermédiaires de céréales, fourrages ou légumes. La vigne, généralement cultivée à la bêche, est taillée à deux, trois ou quatre bras réunis autour d’un grand échalas. Les cépages les plus répandus sont le Merlot et le Malbec, qui composent avec quelques pieds de Vidures, tous les meilleurs vignobles des petites graves. On trouve encore dans les crûs inférieurs d’autres cépages produisant beaucoup de vin, mais de qualité très ordinaire ; ce sont : le Hourcat ou Balousat ; la Prade ; le Mercier ou Larrivet ; le Girançon, etc. Les vignes blanches qu’on trouve dans les petites graves avant d’arriver à Arbanats et Virelade sont presque entièrement composées d’un cépage : l’Enrageat. Les communes de Bruges, Bègles, Cadaujac, Isle-Saint-Georges, Saint Médard d’Eyrans, Ayguemorte, Beautiran, Castres, Labrède, Portets, Saint Selve, Saint Morillon, Cabanac, Saucats, font, la plupart, dans leurs graves, d’assez bons vins rouges d’ordinaire, et des vins blancs secondaires. » Les communes situées au bord du fleuve « produisent des vins de palus assez recherchés, qui sont quelquefois réunis aux vins de graves par les petits propriétaires. Nous entrons maintenant dans le pays des vins blancs, et nous sentons de loin le parfum des Sauternes. Les communes qui suivent produisent peu de vin rouge, mais en revanche beaucoup de vins blancs très agréables, pleins de finesse et de parfum, plus ou moins liquoreux, alcooliques et distingués, mais ayant du charme et de l’agrément ; ce sont : Arbants et Virelade, Podensac, Cérons, Illats, Landiras, Pujols, Budos, Léogeats, Roaillan. Rappelons que la commune de Villenave-d’ornon, déjà mentionnée dans les graves, produit, dans les crûs de Carbonnieux et de Saint Brice, les meilleurs vins blancs de graves de la contrée. » Toulenne, Langon, Saint Pierre de Mons et Saint Pardon faisaient également partie des petites graves. (1)

Les vins d’Illats étaient « presque tous blancs » et se divisaient « en deux catégories : la première, qui se récolte dans les graves et les terres-forts, offre des vins corsés et liquoreux qui ressemblent assez à ceux de Podensac ; la seconde catégorie se récolte dans les sables ; elle a moins de finesse et se vend 100 fr. au-dessous de la première. »

Les vins blancs formaient « chez la plupart des propriétaires les trois quarts des quantités indiquées ci-dessous. »
Les premiers crûs étaient vendus « en primeur, selon les années, de 250 fr. à 350 fr. Dans les premiers crûs de la commune, les vins de 1865 ont obtenu en 1867 jusqu’à 600 et 700 fr. » (2) La pratique de la vente en primeur est réservée aux grands crûs classés ou assimilés. Elle consiste à mettre en vente le vin alors qu’il n’est pas encore définitif. Le négociant achète la production qu’il vendra ensuite à ses clients. A titre de comparaison, les ventes en primeur dans la commune voisine de Landiras rapportaient entre 275 et 400 fr. D’après l’ouvrage Les disparités de salaires en France au XIXème de Jean Marie Chanut, Jean Heffer, Jacques Maitresse et Gilles Postel-Vinay, les salaires masculins agricoles moyens en morte saison étaient en 1862 de 1F 82 par jour en Aquitaine (1F 85 au niveau national). L’été où le travail agricole était intense, les ouvriers agricoles pouvaient gagner plus de 90 centimes en plus par jour. Le salaire journalier atteignait plus de 2F 72 (2F 79 au niveau national). Par conséquent, une vente en primeur de 250 fr. équivalait à moins de 92 jours de travail d’un ouvrier agricole l’été. Le revenu du propriétaire n’était donc pas considérable.


Ancienne maison Avezou quartier Lafontaine: l’un des meilleurs crus d’Illats en 1868
La maison Avezou sur le cadastre de 1812. Elle fut construite sous la révolution par le prêtre défroqué Sicaire Avezou qui fut élu durant la période révolutionnaire.
Château de Cantau appartenant toujours à la famille Ballion, l’un des meilleurs crus Illadais en 1868
Domaine de Jaussans appartenant à la famille Lalande Lapave, classé en 1868 dans la seconde catégorie de crus Illadais
Le domaine de Jaussans appartient aujourd’hui à la famille Dartigolles, descendante de la famille Lalande Lapave



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